« L’Élément est en toi depuis que tu es tout(e) petit(e). Mais l’école ne sait pas le repérer ! Quand tu auras réveillé l’Élément qui sommeille en toi, ta vie prendra un tournant extraordinaire. Pour le découvrir, il est nécessaire d’apprendre à te connaître et à découvrir ce qui te passionne dans la vie. »
Ken Robinson – L’Élément
Ken Robinson (1950-2020)
Auteur, orateur et expert britannique en éducation
« Pourquoi est-il important de trouver votre Elément ? La principale raison est d’ordre personnel. Seule la découverte de votre Elément vous permettra de comprendre qui vous êtes et ce que vous êtes capable de devenir et de faire de votre vie.
Vous pouvez avoir toutes sortes de dons latents qui restent dissimulés sous la surface, tels des minéraux dans le sous-sol. La quête de l’Elément consiste entre autres à envisager que ce don repose dans un domaine que vous n’avez jamais exploré.
Pour trouver son Élément, il faut souvent être en relation avec d’autres gens qui partagent les mêmes passions et la même implication. En pratique, cela signifie que nous devons activement rechercher des occasions d’explorer nos aptitudes dans différents domaines.
Pour trouver votre Elément, vous devez apprendre à mieux vous connaître. Vous devez passer du temps avec vous-même, sans tenir compte des opinions qu’ont les autres de vous. Plus facile à dire qu’à faire pour bon nombre d’entre nous !
Trouver votre Elément ne veut pas dire ignorer les besoins de ceux qui dépendent de vous, ni abandonner tout ce que vous faites en ce moment. Cela veut dire que vous devez vous examiner de près et vous demander si vous pourriez faire davantage pour exploiter vos talents et vos passions.
Les ressources humaines sont comme les ressources naturelles ; elles sont souvent enfouies profondément. Il faut aller les chercher, elles ne traînent pas seulement à la surface. Il faut créer les circonstances dans lesquelles elles se manifestent. »
Ken Robinson – Trouver son Élément
Ken Robinson (1950-2020)
Auteur, orateur et expert britannique en éducation
« Mais comment nous retrouver nous-mêmes ? Comment l’homme peut-il se connaître ? […] Que la jeune âme se retourne vers sa vie intérieure et se demande : “Qu’as-tu vraiment aimé jusqu’à ce jour, quelles choses t’ont attirée, par quoi t’es-tu sentie dominée et tout à la fois comblée ?
Fais repasser sous tes yeux la série entière de ces objets vénérés et peut-être te livreront-ils par leur nature et leur succession, une loi, la loi fondamentale de ton vrai moi.
Compare ces objets, vois comme ils se complètent, s’élargissent, se surpassent, se transfigurent mutuellement, comme ils forment une échelle graduée sur laquelle jusqu’à présent tu as grimpé jusqu’à ton moi.
Car ton essence vraie n’est pas cachée au fond de toi, elle est placée infiniment au-dessus de toi ou du moins de ce que tu prends communément pour ton moi .
Tes vrais éducateurs, ceux qui te formeront, te trahiront ce qui est vraiment le sens originel et la substance fondamentale de ton essence, ce qui résiste absolument à toute éducation et à toute formation, quelque chose en tout cas d’accès difficile, comme un faisceau lié et rigide : tes éducateurs ne peuvent être autre chose que tes libérateurs”. »
Friedrich Nietzsche – Considérations inactuelles, OPC II, 2
Commentaire de Nicolas Quérini :
« Nietzsche ne nie en réalité pas absolument le besoin d’une recherche de soi. A un certain moment, l’âme doit bien s’interroger sur ce qu’elle est. (…) La dimension de la connaissance n’est pas absente du processus. Mais ce texte nous invite à penser cette connaissance autrement et il nous intéresse particulièrement en ce qu’il fait du soi davantage quelque chose que l’on projette devant soi, comme un horizon, plutôt que quelque chose d’intérieur, que l’on serait de toute éternité : ≪ Car ton essence (Wesen) vraie n’est pas cachée au fond de toi, elle est placée infiniment au-dessus de toi ou du moins de ce que tu prends communément pour ton moi. ≫ Ainsi se dégage-t-il alors de ce texte (…) la possibilité d’une compréhension de soi comme interprétation, comme modélisation d’un soi, modèle que l’on tendrait devant soi pour être ensuite capable de devenir soi. (…)
Devenir soi, c’est ainsi faire fructifier et développer ce noyau qui fait notre originalité, en projetant devant soi une figure idéale de soi. Il faut ainsi avoir d’abord manifesté dans ses actes et sa vie ce que l’on est, ce noyau d’originalité qui fait particulièrement signe vers notre « qui », pour ensuite mieux le saisir et en projeter devant soi une vision idéale, affirmatrice de soi, qui doit nous permettre de nous dépasser et enfin de devenir soi au sens fort.
Cela ne signifie pas pour autant que le moi soit résorbable absolument dans les qualités qui nous définissent à un moment donné et que l’individu puisse ainsi se reposer le restant de ces jours. Devenir soi est une tension permanente vers une figure idéale de soi, vers ce que Nietzsche nomme notre essence (Wesen) véritable et qui constituait chez Pindare notre vraie nature. Notre vrai soi n’est donc toutefois pas notre soi actuel, mais celui que l’on porte en soi (de sorte que nous en sentons comme la promesse) et qui est au-delà de soi. »
Nicolas Quérini – « De la connaissance de soi au devenir soi : Platon-Nietzsche », thèse de doctorat téléchargeable ici
Friedrich Nietzsche (1844-1900)
Philosophe, critique culturel, compositeur, poète, écrivain et philologue allemand
« La formule s’adresse à un athlète, Hiéron de Syracuse, vainqueur aux Jeux.
Pindare ajoute une précision: « … quand tu l’auras appris ». C’est dans cette connaissance que réside la grandeur de l’homme, qui le distingue de la bête, ou de la plante :
la rose aussi, de la puissance à l’acte, devient ce qu’elle est, en ce sens qu’elle accomplit, dans le devenir de sa croissance, son essence, à la condition toutefois qu’aucun obstacle ne vienne contrarier cet épanouissement. Seul l’homme réfléchit l’éclosion de son essence.
Si tu veux devenir ce que tu es, il faudra d’abord te connaître. Pindare le remarquait déjà. Socrate le prolonge en reprenant la maxime delphique : Connais-toi toi-même. »
« Chaque être humain a sa propre mesure, pour ainsi dire, un accord qui lui est particulier de tous ses sentiments les uns avec les autres. »
Johann Gottfried Herder – Ideen, vii.I
Commentaire de Charles Taylor :
« Chaque individu est différent et original, et cette originalité détermine la façon dont il doit vivre. (…) Les différences impliquent l’idée que chacun doit suivre sa propre voie ; elles imposent à chacun l’obligation de se mesurer à sa propre originalité. Chaque personne doit se mesurer à un étalon différent, qui lui appartient en propre. »
« Nous naissons tous originaux : nous plairions tous par cette originalité même si nous ne nous donnions des peines infinies pour devenir copies et fades copies. »
Notre essence est ce qui nous appartient en propre
Dans la langue grecque de l’antiquité, le terme grec « ousia », traduit le plus souvent en français par « essence », signifie en premier lieu « ce qui appartient en propre » à quelqu’un : sa « propriété », sa richesse au sens le plus concret du mot.
Ce sens persiste chez Platon, à ceci près que ce qui appartient en propre à une chose, c’est son être – sa manière d’être propre, qui la distingue de toutes les autres – et sa consistance : le fait d’être toujours même qu’elle-même. »
Selon Platon, notre âme, lorsqu’elle s’incarne dans un corps, est séparée, dépossédée de ce qui lui est propre. Eprouvant une aspiration ardente à retrouver le propre, elle est à sa poursuite dans l’espoir de se réapproprier sa pleine nature.
D’après Monique Dixsaut – « Ousia, eidos et idea dans le Phédon » dans « Platon et la question de la pensée ».
Platon (428/427 av. J.C. – 348/347 av. J.C.)
Philosophe grec antique
Monique Dixsaut
Universitaire et philosophe française, spécialiste de Platon