Accomplir sa différence, c’est suivre sa nature

Accomplir sa différence, c'est suivre sa nature

« Parce que chaque individu est absolument distinct des autres, il lui revient d’accomplir cette différence – et pour cela, d’abord, de découvrir en quoi elle réside. « Être soi » peut devenir alors, aux yeux de certains, un impératif sacré, et le fait de suivre sa nature, une loi : ‘Il n’est aucune autre loi sacrée que celle de ma nature’, écrit Ralph Waldo Emerson. »

Claude Romano – « Être soi-même »

Claude Romano (1967- )
Philosophe et écrivain français

Ralph Waldo Emerson (1803-1882)
Essayiste, philosophe et poète américain

Doit-on apprendre à devenir soi-même ?

Doit-on apprendre à devenir soi-même ?

Copie d’une dissertation de terminale voie générale, pour un devoir maison, proposée par l’élève lalie_A54

Ce qui est bien dans le fait d’être soi-même, c’est de l’être toujours” a dit Paul Valéry. Il pose ainsi la question d’être soi-même comme quelque chose d’inné, qui nous suivra toujours. Être soi-même c’est le fait d’être naturel, sans artifice et cela ne s’apprend pas, nous naissons comme cela. Être soi-même a une définition différente pour chaque être vivant, nous avons tous différentes caractéristiques physiques, différentes valeurs, idées ou morales et même différentes définitions d’être « soi-même ». Nous ne pouvons par contre ne pas nous sentir nous-mêmes si nous ne sommes pas à l’aise dans notre corps ou notre tête et que nous nous ne nous assumons pas.

Alors, par définition, ici être soi-même relève moins du problème logique de l’identité que de celui plus existentiel de la conformité, être soi-même c’est donc être en conformité avec son être véritable, de plus, le verbe apprendre est étonnant ici, car comment apprendre à être soi-même, vu que l’on est soi-même ou qu’on le devient, pourquoi faudrait-il apprendre quelque chose de si naturel ? On peut se demander si on se connaît, ou si on peut s’accepter, ou se réaliser tel que nous sommes. Être soi-même, c’est d’abord ne pas vouloir se changer et vouloir se distinguer des autres. On peut donc se demander comment devient-on soi-même et pourquoi cela ne s’apprend pas ? Pour commencer, nous allons voir que nous ne pouvons pas apprendre à devenir nous-mêmes, car nous le sommes déjà, mais plutôt apprendre à nous connaître. Pour finir, nous allons voir que le « doit-on » du sujet pose question, et voir si nous connaître doit être vu comme un devoir.

 

  1. Nous ne pouvons pas apprendre à devenir nous-mêmes, mais plutôt apprendre à nous connaître

Effectivement, nous n’avons pas à apprendre à devenir nous-mêmes puisque nous le sommes déjà et nous travaillons pour continuer à le devenir.

Premièrement, être soi-même, c’est être un individu, c’est-à-dire un humain indivisible qui forme une unité avec un caractère différent de tous les autres. On est soi-même dès notre naissance, car être soi-même c’est avoir une personnalité, celle-ci apparaît dès notre premier souffle, nous sommes tous uniques et différents selon le milieu où nous avons vécu, l’éducation que nous avons reçue, mais encore nos expériences de vies. Tous ces facteurs nous construisent au fil du temps et complètent ce que l’on a reçu à la naissance. Dès notre plus tendre enfance, nous commençons à utiliser le pronom personnel « je » qui montre que nous nous distinguons déjà comme quelqu’un d’unique, quelqu’un de différent des autres. L’enfant se voit déjà en tant qu’individu. Et ensuite, à l’âge adulte cela persiste, on se voit en tant que « je » et « moi », on sait se différencier des autres. En quelque sorte, nous avons déjà conscience d’être nous-mêmes. Mais, parfois nous devons renoncer à être soi-même, quand nous ne sommes pas conforme physiquement ou mentalement (nos idées) à certains moments et endroits, les lois et les règlements empêchent parfois d’être soi-même et d’agir en tant que tel, dans les écoles certaines règles sont à respecter même si elles vont à l’encontre de ce que l’on est vraiment, par exemple, une personne qui est très croyante en dieu et construit sa vie et sa personnalité autour de ça, ne peut pas le faire à l’école, car il faut être neutre sur sa religion et s’adapter à la charte de la laïcité, même si la personne ne peut s’empêcher de croire.

Ensuite, on devient soi-même lorsque l’on essaie de se connaître et s’accepter ainsi qu’à se découvrir. Pour essayer de se connaître et devenir la personne que l’on est, il ne faut pas être influencé par la société pour pouvoir s’affirmer tel que l’on est, car la société crée souvent des humains similaires c’est-à-dire qui aiment les mêmes choses, qui ont les mêmes goûts, les mêmes idées et le même caractère. En soi, la société fait naître des personnes sans personnalité et il faut lutter contre cela pour se découvrir et ne pas avoir honte de soi, car nous sommes par nature différents physiquement et mentalement. Il ne faut pas se cacher dans les rôles sociaux ou changer devant les gens. Pour essayer d’être soi-même, l’individu devrait déjà repérer ses traits de caractère et ne pas s’en créer pour se sentir différent ou plaire aux autres. Ensuite, il faudrait se questionner sur nos goûts, nos passions et nos idées sans être influencé par les autres et la société qui nous rendent tous pareils. L’individu devrait également s’accepter de sorte à ne pas changer inconsciemment, quelqu’un qui ne s’assume pas et qui a honte de lui ne se connaît pas vraiment et ne s’accepte pas à cause de la société. Quand Friedrich Nietzsche dit « l’homme peut se dépouiller de soixante-dix fois sept peaux avant de pouvoir se dire : Voici vraiment ce que tu es, ce n’est plus une enveloppe » , il sous-entend d’une belle manière que l’homme a plusieurs personnalités selon le contexte, nous sommes généralement différents en fonction des personnes avec qui nous nous trouvons, nous jouons en quelque sorte un jeu de rôle. Il est aussi possible que la personne ne s’accepte pas à cause des regards et moqueries qu’on les autres à son égard, la personne veut donc changer alors qu’elle est déjà elle-même.

Enfin, on peut aussi croire qu’on ne sera jamais entièrement soi-même. Il est en effet très difficile de devenir soi-même, car il faut beaucoup réfléchir et agir pour se découvrir sans être inconsciemment influencé par la société. Je pense que c’est très dur, car il faudrait prendre beaucoup de temps pour soi, seul et coupé du monde pour être sûr de ne pas se penser comme telle ou telle personne ou penser avoir telle ou telle personnalité alors que cela n’est pas réel. Il faudrait s’éloigner du monde réel, pour éviter que la société nous influence. On peut également s’idéaliser et s’imaginer avant de se découvrir, et nous pourrions aussi trop nous préoccuper des autres et ne pas nous concentrer sur nous-mêmes, ceci pourra aussi avoir une emprise sur notre travail titanesque. Devoir être soi-même est donc impossible, tellement le travail paraît dur et conséquent.

2. Mais apprendre à nous connaître, sans être forcément un devoir, nous permet de nous affirmer

Ensuite, dans le sujet, nous pouvons être interpellés par le « doit-on » de la phrase qui suggère une obligation.

Premièrement, être soi-même n’est pas un devoir social, mais c’est un besoin pour nous de nous connaître pour être bien dans notre corps, même si l’on ne cesse jamais de se découvrir. D’après la problématique nous « devons » donc apprendre à nous connaître pour se sentir bien dans notre corps et notre tête, c’est un devoir que nous avons à accomplir tout au long de notre vie, jusqu’à notre mort. Nous ne cessons jamais d’en apprendre sur nous-mêmes, car nous changeons tout au long de la vie particulièrement entre l’âge enfant et l’âge adulte, c’est-à-dire à l’adolescence, mais aussi quand nous vieillissons. Pour ne rien regretter, il faut se connaître et prendre le temps de le faire tout au long de notre vie. C’est donc un devoir que nous avons envers nous-mêmes, un défi complexe à relever, car nous sommes différents selon le contexte et il faut vaincre cela pour découvrir notre personnalité dans les moindres détails. Nous avons aussi le devoir de ne pas nous conformer aux exigences des autres et ne pas les laisser passer avant notre bien-être qui est composé du fait de se connaître. Notre devoir de vie est donc de nous connaître pour être bien, car nous saurons ensuite ce que l’on aime ou ce que l’on n’aime pas, quels genres d’amis nous recherchons, mais encore quel type d’étude ou de métier est fait pour nous. Ce dernier exemple est d’ailleurs le plus complexe, sans nous connaître, comment savoir quel métier désire-t-on faire ? C’est impossible, il faut déjà savoir si nous préférons un travail manuel ou intellectuel, un travail de nuit ou de jour, un travail au contact des gens ou non. Apprendre à se découvrir soi-même est fondamentalement important, pour savoir ce que nous allons faire de notre vie, ce sont les questions que se posent souvent les adolescents, car nous sommes souvent perdus, en réalité nous ne nous connaissons pas vraiment nous-même.

Ensuite, on doit tout de même être soi-même d’un point de vue social, mais aussi moral et naturel. En effet, il faut être soi-même d’un point de vue social pour connaître ses limites et apprendre à se maîtriser en public. Par exemple, une personne qui apprendra une mauvaise nouvelle en public pourra se mettre en colère ou pleurer. Il faut absolument se connaître à ce niveau-là pour ne pas vriller et savoir comment nous réagirons, pour également ne pas être jugés par les autres ou les choquer. Il faut être responsable dans la société dans laquelle nous vivons. Il faut également être soi-même d’un point de vue moral, car il ne faut pas se mentir à soi-même et prétendre que l’on est comme ceci ou comme cela alors qu’au fond nous savons pertinemment que non, il faut donc se connaître pour ne pas se mentir à soi-même ce qui peut être blessant sur le long terme et nous transformer en une personne que l’on n’est pas et donc se sentir mal. Pour finir, il faut aussi se connaître soi-même d’un point de vue naturel, car le fait d’être un individu et d’avoir une conscience est un privilège qui impose donc des devoirs comme le fait de se découvrir soi-même entièrement et dans les moindres détails. Nous devons rendre à la nature ce qu’elle nous a donné, c’est-à-dire le droit d’être conscient et d’avoir une personnalité hors du commun, donc d’être soi-même.

Pour finir, il se peut que pour nous il ne soit pas nécessaire de se connaître soi-même, on a peut-être envie de se connaître dans une moindre mesure, mais pas entièrement, car cela ne se finira jamais. Vouloir se connaître en entier a des points positifs, mais aussi négatifs, car c’est un travail très dur et très long qui peut prendre une vie. C’est pourquoi souvent, les individus cherchent à se connaître dans la mesure du possible c’est-à-dire leur passion, leur métier de rêves et leurs couleurs préférées, mais encore ce qu’ils savent faire ou non, l’apprentissage à être soi-même se limite souvent à très peu de choses, qui ne sont pas très philosophiques ni très recherchées, car on n’a pas forcément l’envie ni le besoin de se connaître à cent pour cent. Cela peut être angoissant pour l’individu qui préfère souvent suivre le modèle de la société et être comme les autres, par exemple, au lycée il y a souvent des personnes vêtues de la même façon, celles-ci pensent avoir les mêmes goûts, mais c’est juste qu’elles n’ont pas pris le temps de plus se découvrir et ne le savent peut-être pas qu’avec ces vêtements elles ne sont pas « elles-mêmes ». Être soi-même a des avantages comme des désavantages, chaque individu choisit ce qu’il veut faire ou non, s’il veut se connaître un peu, beaucoup et si c’est important pour sa vie. On choisit donc si on « doit » apprendre à devenir soi-même, même si cela ne s’apprend pas, mais se travaille et se découvre.

 

Conclusion

En somme, être soi-même ne s’apprend pas, mais est quelque chose de naturel et est en nous depuis notre naissance, il faut juste apprendre à se connaître et à se découvrir pour connaître nos goûts et nos envies. Il faut éviter d’être influencé par la société, ce qui est très dur et qui demande un travail titanesque. Une grande réflexion tout au long de sa vie peut permettre de se découvrir et à se comprendre soi-même, mais ce n’est pas une obligation.

 

Source : le site 20aubac

Reconnaître son naturel

Reconnaître son naturel

« Quand tu disais que celui-ci était bien doué pour quelque chose, et pas cet autre, voulais-tu dire que le premier apprenait cette chose facilement, et l’autre difficilement ?  Et que le premier, sur la base d’un court apprentissage, serait apte à découvrir beaucoup dans le domaine où il aurait appris, tandis que l’autre, même après avoir bénéficié d’un long apprentissage et d’une longue pratique, ne saurait même pas conserver en lui ce qu’il aurait appris ? Et que chez le premier les fonctions du corps se mettraient au service de la pensée de façon satisfaisante, tandis que chez l’autre elles s’y opposeraient ? Userais-tu d’autres critères que de ceux-là pour distinguer dans chaque cas celui qui est doué, de celui qui ne l’est pas ? (…)

Il n’y a donc, mon ami, aucune occupation des gens qui administrent une cité qui revienne à une femme parce qu’elle est femme, ni à un homme parce qu’il est homme, mais les natures sont pareillement réparties dans les deux ordres d’êtres vivants. (…)

Je crois qu’il existe telle femme douée pour la médecine, et telle qui ne l’est pas, telle femme douée pour les Muses, et telle autre étrangère aux Muses, tout cela par nature. (…)

Donc aussi bien chez les femmes que chez les hommes existe le même naturel adapté à la garde de la cité. »

Platon – La République, Livre V, 455b-456a

Platon (428/427 av. J.C. – 348/347 av. J.C.)

 

Philosophe grec antique

La manifestation de ma nature rend possible sa formulation

La manifestation de ma nature rend possible sa formulation

« Accomplir ma nature (…) rend manifeste, aussi bien pour moi que pour autrui, ce qui était caché. Mais cette manifestation contribue aussi à définir ce qui doit être réalisé. L’orientation de cet élan n’était et ne pouvait être claire avant cette manifestation. En réalisant ma nature, j’ai à la définir en ce sens que je dois lui donner une formulation ; (…) en réalisant cette formulation, je donne ainsi une forme définitive à ma vie. On considère qu’une vie humaine manifeste des potentialités qui se modèlent à leur tour en fonction de cette manifestation. »

Charles Taylor – Le malaise de la modernité

Charles Margrave Taylor (1931- )

Philosophe canadien

Le meilleur de soi est une chose à être et à exprimer

Le meilleur de soi est une chose à être et à exprimer

« Le meilleur de soi représente notre essence. Et notre essence se compose de nos goûts profonds, de nos talents, de nos qualités, de nos dons et de nos aptitudes. Le meilleur de soi n’est pas une chose à atteindre, c’est une chose à être et à exprimer. Il nous invite à utiliser nos talents pour nous transformer et pour transformer le monde. Cette expression nous remplit de joie parce qu’elle nous permet de goûter à l’adéquation fondamentale de notre essence avec la nature universelle. Nous nous percevons alors comme une expression particulière de cette nature. Cette essence individuelle est celle-là même qui nous permet de de goûter à l’universalité, celle qui nous permet de savoir que le monde entier est nôtre et que nous pouvons nous y détendre et nous y reposer. »

Guy Corneau – Le meilleur de soi : le rencontrer, le nourrir, l’exprimer

Guy Corneau (1951-2017)
Analyste jungien et écrivain canadien

A l’écoute de notre nature

A l’écoute de notre nature

« La nature, selon Montaigne, est un ordre régi par une finalité, puisqu’elle fait très bien ce qu’elle fait, et que c’est seulement en se confiant en elle que l’homme atteint à sa plénitude, à une pleine et entière jouissance de ce qu’il est. Elle n’est pas seulement à l’extérieur de nous, comme un cosmos (…) ; elle est plus encore à l’intérieur de nous, de chaque individu dans sa singularité. Elle est ce noyau de virtualités et de tendances qui ne peuvent être forcées et prescrivent à chaque homme ses limites. (…) La nature s’apparente alors à la « maîtresse forme » que nous pouvons découvrir en nous -mêmes à condition de nous mettre à notre écoute. »

Claude Romano – Etre soi-même

Michel de Montaigne (1533-1592)

Philosophe, humaniste et moraliste de la Renaissance

Claude Romano (1967- )

Philosophe et écrivain français

Connaître sa nature, c’est connaître ses capacités

Connaître sa nature, c’est connaître ses capacités

« Considère d’abord ce que tu te proposes, et vois ensuite, en étudiant ta nature, si tu en es capable. Tu veux être pentathle ou lutteur ? Regarde tes bras, tes cuisses, examine tes reins. L’un, en effet, est né pour une chose ; l’autre pour une autre. »

Épictète Manuel, XXIX

 

« Si tu prends un rôle au-dessus de tes forces, non seulement tu y fais pauvre figure, mais celui que tu aurais pu remplir, tu le laisses de côté. »

Épictète Manuel, XXXVII

Commentaire de François‐Julien Côté‐Remy :

« Pour Épictète, la connaissance de soi consiste en un accord avec la nature, lequel ne peut se réaliser qu’à travers l’accord préalable avec soi-même. Celui qui se connaît lui-même ne se lance pas dans des entreprises qui surpassent les capacités qui lui ont été données, mais il cherche plutôt à faire preuve d’excellence dans les limites qui sont les siennes. »

FJ Côté-Remy « La connaissance de soi chez Épictète et Marc-Aurèle », Ithaque, 17

Épictète (50-125 ou 130)

Philosophe de l’école stoïcienne

Apprendre ce que ma nature me commande

Apprendre ce que ma nature me commande

« Tu ne comprendras vraiment ce que tu es tenu de faire ou d’éviter que le jour où tu auras appris ce que ta nature te commande »

SénèqueLettres à Lucilius, 121, 3

Sénèque (entre 4 av. J.C. et 1 apr. J.C. – 65 apr. J.C.)

Philosophe de l’école stoïcienne, dramaturge et homme d’État romain

Se conformer à sa nature propre

Se conformer à sa nature propre

« J’ai à rechercher ce qui m’est utile. Or, il est utile à chaque être de se conformer à sa constitution et à sa nature propre; or ma nature à moi est celle d’un être raisonnable et sociable. »

Marc Aurèle – Pensées pour moi-même, VI, XLIV

Marc Aurèle (121-180)

Empereur, philosophe stoïcien et écrivain romain