≪ La voie de l’individuation signifie : tendre à devenir un être réellement individuel et, dans la mesure où nous entendons par individualité la forme de notre unicité la plus intime, notre unicité dernière et irrévocable, il s’agit de la réalisation de son Soi, dans ce qu’il a de plus personnel et de plus rebelle à toute comparaison. On pourrait donc traduire le mot d’“individuation” par “réalisation de soi-même”, “réalisation de son Soi”. ≫
Carl Gustav Jung – Dialectique du moi et de l’inconscient
« Nous sommes pour nous des inconnus, nous en personne pour nous en personne : il y a à cela une bonne raison. Nous ne sommes jamais partis à la recherche de nous-mêmes, – comment pourrait-il se faire qu’un beau jour nous nous trouvions ? (…)
Nous demeurons justement étrangers à nous-mêmes, de toute nécessité, nous ne nous comprenons pas, il faut que nous nous méprenions sur notre compte, le principe : » Chacun est pour lui-même le plus lointain » s’applique à nous à tout jamais, – à notre égard, nous ne sommes pas des » hommes de connaissance. » »
Friedrich Nietzsche – La généalogie de la morale
Friedrich Nietzsche (1844-1900)
Philosophe, critique culturel, compositeur, poète, écrivain et philologue allemand
« Toute existence présuppose une essence : c’est-à-dire que tout ce qui est doit aussi être quelque chose, avoir une essence déterminée. Car toute chose qui est doit avoir une nature particulière, caractéristique, grâce à laquelle elle est ce qu’elle est, nature qu’elle atteste par tous ses actes, dont les manifestations sont provoquées nécessairement par les causes extérieures ; tandis que, par contre, cette nature même n’est aucunement l’ouvrage de ces causes.
L’homme aussi, outre le simple attribut de l’existence, a une essence fixe, c’est-à-dire des qualités caractéristiques, qui constituent précisément son caractère, et n’ont besoin que d’une excitation du dehors pour entrer en jeu. Par suite, s’attendre à ce qu’un homme, sous des influences identiques, agisse tantôt d’une façon, et tantôt d’une autre absolument opposée, c’est comme si l’on voulait s’attendre à ce que le même arbre qui l’été dernier a porté des cerises, porte l’été prochain des poires. »
Arthur Schopenhauer – Essai sur le libre arbitre, chapitre 3, § 4
« Sur quoi repose l’identité de la personne ? Non pas sur la matière du corps : celle-ci se renouvelle au bout de quelques années. Non plus sur la forme de ce corps, elle change dans son ensemble et dans ses diverses parties, sauf toutefois dans l’expression du regard ; c’est au regard qu’après un grand nombre d’années même on peut reconnaitre une personne. Preuve que, malgré toutes les modifications que le temps provoque dans l’homme, quelque chose en lui reste immuable, et nous permet ainsi, après un très long intervalle même, de le reconnaitre et de le retrouver intact. C’est ce que nous observons également en nous-mêmes : nous avons beau vieillir, dans notre for intérieur nous nous sentons toujours le même que nous étions dans notre jeunesse, dans notre enfance même. Cet élément immuable, qui demeure toujours identique à soi sans jamais vieillir, c’est précisément le noyau de notre être qui n’est pas dans le temps. »
« La question que pose Socrate, et qu’il essaie de résoudre, n’est pas : tu dois t’occuper de toi. La question posée par Socrate est beaucoup plus précise, beaucoup plus difficile, beaucoup plus intéressante. Elle est : tu dois t’occuper de toi ; mais qu’est-ce que c’est que ce soi-même (auto to auto), qu’est-ce que c’est toi-même, puisque c’est de toi-même que tu dois t’occuper ? »
Michel Foucault – Cours au Collège de France (1981-1982), L’Herméneutique du Sujet
La convergence de mes talents naturels et de mes désirs
« L’Elément est l’endroit où convergent nos aptitudes naturelles et notre passion. »
« L’un des signes les plus forts indiquant que l’on se trouve dans la zone est un sentiment de liberté et d’authenticité. Quand nous faisons une chose que nous adorons et pour laquelle nous sommes naturellement doués, nous avons bien plus de chances de nous sentir centrés sur notre véritable moi — c’est-à-dire d’être ce que nous avons véritablement l’impression d’être. Lorsque nous sommes dans notre Élément, nous avons le sentiment de faire ce à quoi nous sommes destinés et d’être la personne que nous sommes destinés à être.
Ce que nous sommes vraiment, nous le ressentons quand ce que nous faisons est naturel, en harmonie avec nous-mêmes. Qu’en est-il de vous ? Etes-vous dans votre Elément ? Savez-vous quel est votre Elément ou comment le trouver ? Bien des personnes vivent dans leur Elément car elles ont le sentiment de faire précisément ce pour quoi elles sont nées. Mais bien d’autres n’y sont pas du tout. Elles ne profitent pas vraiment de leur vie, elles l’endurent, et attendent le week-end.
(…) Si vous faites une chose que vous adorez, le soir venu vous serez sans doute physiquement fatigué(e) mais mentalement dynamisé(e). En revanche, si vous consacrez votre journée à des tâches inintéressantes, vous serez physiquement en forme mais votre moral sera au plus bas. »
Ken Robinson – L’Élément – Trouver son Élément
Ken Robinson (1950-2020)
Auteur, orateur et expert britannique en éducation
« Dès que nous voulons dire qui est quelqu’un notre vocabulaire même nous entraîne à dire ce qu’il est ; nous nous embrouillons dans une description de qualités qu’il partage forcément avec d’autres qui lui ressemblent ; nous nous mettons à décrire un type, un “caractère” au vieux sens du mot, et le résultat est que son unicité spécifique nous échappe. »
Hannah Arendt – Condition de l’homme moderne
Hannah Arendt (1906-1975)
Politologue, philosophe et journaliste allemande naturalisée américaine
La manifestation de ma nature rend possible sa formulation
« Accomplir ma nature (…) rend manifeste, aussi bien pour moi que pour autrui, ce qui était caché. Mais cette manifestation contribue aussi à définir ce qui doit être réalisé. L’orientation de cet élan n’était et ne pouvait être claire avant cette manifestation. En réalisant ma nature, j’ai à la définir en ce sens que je dois lui donner une formulation ; (…) en réalisant cette formulation, je donne ainsi une forme définitive à ma vie. On considère qu’une vie humaine manifeste des potentialités qui se modèlent à leur tour en fonction de cette manifestation. »