Socrate : “Connais-toi toi-même”
« Mes amis, à vous dont l’existence ne dure, à la lettre, qu’un jour, il est difficile de connaître ce qui vous appartient en propre et qui plus est de vous connaître vous-mêmes, comme le recommande l’inscription de Delphes. »
Platon – Les Lois 923a
Aux origines de cette maxime :
Dans le temple de Delphes, la parole du dieu était transmise par un intermédiaire, la Pythie, que les humains pouvaient venir consulter.
La phrase est encore citée aujourd’hui comme emblématique de l’attitude philosophique par excellence.
Mais que veut-elle dire ? Le problème, c’est qu’aujourd’hui, le « soi » a un sens très différent.
D’où d’innombrables contresens suscités par cette phrase à travers les siècles d’histoire de la philosophie…
Commentaire de Fulcran Teisserenc :
« Cette maxime désigne la place qui est la nôtre en tant qu’homme dans l’univers… et peut-être aussi jusqu’à la place de l’homme dans la société, et cela peut inclure aussi la connaissance même de sa nature plus particulière, être de telle ou telle individualité. Chez Héraclite, une centaine d’années environ avant Socrate, il y a une interrogation de cet ordre : dans un fragment, il dit « Je me suis cherché moi-même ». On peut estimer que partant à la recherche de lui-même, examinant celui qu’il est, il découvre un discours intérieur, une voix dont il ne perçoit pas exactement la signification. De ce point de vue, la parole de la Pythie, si elle reprend en partie la consigne inscrite sur le fronton du temple de Delphes, peut équivaloir à ce que découvre Héraclite en scrutant son intériorité : une parole énigmatique. Il y a chez Héraclite la conscience d’une forme d’énigme que l’on est pour nous-mêmes. »
Source : Les chemins de la philosophie – Emission sur France Culture, du Lundi 22 Février 2021
Socrate (vers -470/469, -399)
Philosophe grec
Fulcran Teisserenc (1966- )
Agrégé et docteur en philosophie
Enseignant en classes préparatoires